VIE COYE

1988-1989

60x60cm, Collage et acrylique sur bois

Vie coye,  cette appellation renvoie à l’origine d’un art qui s’épanouit au début du XVIIe siècle, que l’on associe aussi à la vanité, différente de la nature morte en ce que celle -ci suppose une édulcoration profane d’un genre jusqu’alors empreint d’une haute valeur spirituelle, issu des Ecoles du Nord et de peintres qui, pour la plupart, adhérèrent à une conception de l’au-delà débarassée du fourbi du purgatoire et de la terreur des enfers.

D’une peinture par conséquent, qui questionne la relation de l’être au temps, à la mort, selon un passage “tranquille” entre l’ici-bas et l’au-delà, de sorte que le peintre établisse son art comme médium, comme intermédiaire à même d’appréhender ce passage. Le corollaire n’en est que plus paradoxal : comment le genre “vanité”, comme toute peinture, illusoire par essence et prisonnière des apparences, en creusant l’ornière d’une vérité, pourrait-il rendre compte de la vérité ? N’oublie pas, mon cher, que nous passons à travers la vanité vers la vérité . N’aime pas la vanité si tu veux obtenir la vérité,  avait écrit Saint -Anselme de Canterbury dans une lettre. On le voit , rien de cette tension morale dans les géniales natures mortes de Chardin ni dans celles tout aussi remarquables d’un Cézanne ou d’un Matisse. Pas davantage chez Desbouiges. ../..

Patrick Beurard-Valdoye, extrait de “Ce qui, distinct, ne se sépare pourtant pas” Editions Fragments,  1994.

Une des qualités, me semble-t-il, du travail de Desbouiges, c’est que les notions de bon goût et de séduction en sont plus qu’absentes ; étrangères. Il y règne une sorte de brutalité… Ensuite la passion. Il y a des artistes dilettantes, genre Marcel Duchamp. D’autres qui « produisent » comme si leur survie en dépendait, avec un acharnement à peindre proche de la suffocation. Desbouiges est de ceux là. Quelles que soient les étapes de ses pensées et de son travail, il les jette fébrilement sur les supports qui lui tombent sous la main. Des bariolages tragiques de ses « Personnages Violences » des années 70 à l’angoissante rigueur de ses tableaux « Vies Coyes » actuels, il reste un feeling unique et obstiné. Que je ne saurais mieux résumer que par la célèbre formule de Victor Hugo : « Je suis une force qui va. »

Georges CHATAIN in « 20 ans après » éditions Tarabuste, 1989

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