EXPOSITION COLLIOURE 2016

Musée d’Art Moderne de COLLIOURE, Catalogne

Voramar

du 4 juin au 16 octobre 2016

Joséphine Matamoros

Concept de Collioure et relation fusionnelle

Dès son enfance Joël Desbouiges tombe dans la marmite en quelque sorte !

Ses parents  se rendent à Collioure pour les vacances, ce lieu reste alors définitivement gravé dans sa mémoire, et cheminera dans sa pensée créatrice tout au long de sa vie. Je ne connaissais pas son engouement pour cette ville, aussi lorsque j’ai proposé à Joël une exposition au musée de Collioure pour revisiter ce lieu chargé d’histoire,  il en a été extrêmement heureux. D’emblée tout est revenu et a trouvé sa place, son amour pour  ce petit port, son séjour dans les années 1970 avec Claude Viallat et leurs conversations sans interruption pendant des heures, des mots sur des concepts qui parachèvent  et affinent sa pensée. Viennent s’ajouter les séjours aux Templiers et l’amitié nouée avec Jojo Pous.

Pendant l’été 2015 commence une réflexion qui l’amènera à revisiter l’œuvre réalisée à Collioure par Matisse, sous forme de conversation avec son propre travail. Émergent alors sept magnifiques tableaux  aux couleurs fauves, avec le clocher comme emblème, et dans lesquels systématique-ment deux bandes de camouflage rose et mauve s’immiscent dans le paysage. Le camouflage est utilisé par les chasseurs et Joël Desbouiges puise depuis longtemps dans les caractéristiques de la chasse, qui s’exerce dans la région dans laquelle il réside et les inclut dans son œuvre. Je pense aux bois des cerfs, aux animaux chassés et bien sûr à la toile imprimée qui sert de camouflage. Et son travail se caractérise par la représentation d’une richesse inépuisable, avec un jeu très subtil notamment sur les pièces réalisées pour Collioure. Matisse et la couleur sont bien présents comme témoignage, mais l’intervention du masquage, doublée par celle du camouflage inflige une distorsion de la vision et de la pensée. L’œuvre de Desbouiges prend alors une dimension inédite, ou concept et figuration s’interpénètrent pour redonner aux paysages sublimés et très connus de Matisse, une nouvelle vie, une nouvelle stratégie. Matisse devient  prétexte et l’œuvre redéfinie fait éclater avec puissance et détermination le travail de recherche constant de Joël Desbouiges. En quelque sorte,  Joël rentre alors en conversation avec Matisse et se délecte de cette rencontre, on le retrouve également  avec la série de « Voramar » où les éléments décoratifs « matissiens »  jouent avec les  sujets récurrents dans l’œuvre de Desbouiges, les bois des cerfs deviennent des rameaux décoratifs, et le canard flotte sur le tapis ! Et ce rouge, tellement heureux et présent, tout y figure une nouvelle fois, dans une fraîcheur extatique, et un cheminement subtil.

Puis,  comme un clin d’œil empreint d’espièglerie,  ce travail rafraîchissant autour des calendriers des années 1951 puis 1967, date  à laquelle la famille venait en vacances dans le petit port catalan. Les deux séries « Sur le motif » et « Pour le souvenir » dénoncent aussi la disparition du Collioure originel, des magnifiques barques catalanes qui ramenaient les fameux anchois et  l’arrivée du tourisme de masse. Les rues de Collioure aujourd’hui racontent toutes la même histoire à travers des souvenirs pour touristes made in china…

Le travail de Joël  pour le musée de Collioure, se caractérise par un profond respect et une grande écoute de son aîné Matisse, aucune anecdote dans la toile, mais bien un appel constant à la connaissance picturale, et une magnifique révérence à la question du décoratif. Intervient alors comme dans une logique évidente la référence à l’autre maître qu’est Claude Viallat, avec la question de l’impression qui parcourt toute son œuvre.

Et, le camouflage comme mot de la fin qui relie ces trois artistes.

J M, Conservatrice honoraire des musées de Céret et Collioure, 2016

Jean-Pierre Verheggen

à

Joséphine Matamoros

Conservatrice honoraire du patrimoine,

Ma demande vous paraîtra  sans doute incongrue, déplacée et peut-être un rien mêle-tout, mais voici je vous serais reconnaissant si vos services administratifs  pouvaient  adresser à diverses personnes que j’estime, une invitation au vernissage de l’exposition que votre musée  consacrera, en juin prochain, à mon ami, Joël Desbouiges.

D’abord à Antonio Machado ! Certes il ne pourra y assister mais il sera, à tout le moins, tenu au courant qu’un peintre-poète , infatigable explorateur de la relation entre mots et images, éclatant d’inventivité et de diversités d’approches, chantre – à tue-tête ! –   des couleurs auxquelles il entend rendre leur luminosité, montre son travail à deux pas du vieux cimetière de Collioure où repose l’auteur de Campos di Castilla. Pourquoi lui ? Parce qu’il y a chez l’un et l’autre une mélancolie rêveuse ! On imagine très bien Desbouiges volant, mentalement parlant,  sur le tapis rouge de Matisse ou voguant, sous le soleil et parmi ses souvenirs d’enfance sur la Côte Vermeille, dans les barques catalanes peintes par Derain – les Fauves ! Ah ! «  son luxe et sa volupté » de pouvoir s’entretenir picturalement avec eux ! Ou que sais-je encore ? Depuis le phare local, dans le rôle du « guetteur » cher à Apollinaire.

Autre rapprochement leur engagement  respectif ! Un engagement – voire même un « langagement » ! –  qui lui fait écrire « Laissons la peur du rouge  aux bêtes à cornes » Il n’y a qu’un poète qui puisse, tout en ironisant (arme redoutable !) affirmer, et affiner ainsi sous toutes leurs formes langagières , ses convictions  ! Et puis, ce prodigieux mot valise qu’il crée entre Collioure et Coloriage pour en faire Colliouriage, cet improbable (et d’autant plus réussi) intitulé du cahier de son exposition*.

Par coursier donc ou via sa fondation, la FAM – mais vous savez tout cela mieux que moi ! –  puissiez-vous faire glisser dans la boîte aux lettres de Machado , un carton lui annonçant que le peintre-poète Joël Desbouiges  est à l’honneur de vos cimaises  avec quelques 90 pièces ! Oui, disais-je, dans sa célèbre  boîte aux lettres  dont personnellement j’ai appris l’existence en écoutant  sur France Culture un superbe et émouvant « atelier de création » que nous avait concocté  Sophie Nauleau. N’oublions pas non plus , Serge Pey, notre « caminant caminateur » et ses bâtons fleuris de rimes buccales prêtes à convoquer le monde entier à la marche d’espoir qu’il entreprit depuis Toulouse  et « ses chantiers d’art provisoire » jusqu’à Collioure, en 2014, à l’occasion du soixante-quinzième anniversaire de la mort de Machado.

N’oublions pas les peintres ni ses amis, entre autres car ils sont nombreux,  de Céret à Collioure, où vit et peint J.L. Vila,  ou à Nîmes avec Claude Viallat qui fut le professeur de Joël aux Beaux Arts de Limoges. Entre Joël et Viallat il y a un rapport , évident à mes yeux – outre affectif et hors « Support/Surface » –  c’est cette gestuelle ancestrale qui relie leur peinture à ce que traçait l’homo sapiens sans se rendre compte qu’il devenait magnifiquement  et à tout jamais un homo sapeins ( sic) !   Ce  que Viallat et Desbouiges sont !

J-P V , Bierges le 2 Janvier 2016

* Cette exposition donne naissance au « Cahier de Colliouriage » , un espace de liberté, pas de trait, de dessin qui délimite les champs à colliourier. Il n’y a aucune règle, ni loi dansce simple moment d’aventure. Un premier trait, une première tache de couleur posés, et très rapidement toutes les couleurs s’inviteront au Colliouriage.

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